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Le scandale des tapis toxiques
Par : André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle

  En 1992, l’industrie du tapis adoptait volontairement un programme de certification des tapis à faibles émissions de substances volatiles. Ceci en réponse à l’avalanche de plaintes de gens ayant éprouvé des malaises après l’installation de nouveaux tapis, notamment les employés des bureaux de l’Agence de protection de l’environnement américaine (l’EPA). Ces plaintes avaient incité les procureurs généraux de 26 États américains à faire pression sur le gouvernement fédéral.

Moquettes pas coquettes
  Plusieurs échantillons de ces tapis avaient été envoyés pour être testés au laboratoire privé de la pathologiste Rosalind Anderson, qui, à l’époque, était établie au New Hampshire. Celle-ci utilise un test de dosage biologique qui mesure l’impact de substances sur des souris de laboratoire. Ses découvertes concernant 25 % des tapis testés déclenchèrent tout un scandale :

  « Plusieurs centaines de personnes sont soudainement tombées malades, de un à trois jours après la pose d’un nouveau tapis dans leur maison ou leur bureau. Certaines ont remarqué que le tapis semblait humide, comme si le fabricant n’avait pas terminé son travail. Nous avons étudié plusieurs centaines de ces tapis dans notre laboratoire. »

  « Sous des conditions contrôlées de façon soignée, nous avons fait respirer à des groupes de souris de laboratoire les produits chimiques émis par ces tapis. Tout comme chez les humains, les souris ont eu des réactions aiguës : irritation des yeux, du nez et de la gorge, difficultés respiratoires, fonctions neurologiques altérées (tremblements, chutes, posture altérée, paralysie des jambes, stupeur, et convulsions). Certaines souris sont mortes après avoir été exposées aux gaz de ces tapis. Les données démontrent que certains tapis émettent des produits chimiques toxiques — bref des poisons — dans l’air. Plusieurs études ont démontré que les nombreux gaz émis par les nouveaux tapis contiennent plus de 200 produits chimiques (sans parler des colles). Aucun effort sérieux n’a été fait pour déterminer lesquels de ces produits chimiques causent les maladies aiguës qui se manifestent chez certains propriétaires de nouveaux tapis. »1

Accusations et démentis
  Les chercheurs de l’EPA disent ne pas avoir pu reproduire les résultats de l’étude du Dr Anderson. « L’EPA a “amélioré” le protocole de l’étude dans une tentative de ne pas en reproduire les résultats, accuse l’ingénieur Jim White, ancien chef de la Recherche à la Société canadienne d’hypothèques et de logement. C’est une technique de l’EPA qui est bien connue. Nos gouvernements croient que l’industrie est le moteur de l’économie alors que c’est le consommateur qui en est le moteur. Ils cherchent à protéger les industries incompétentes, plutôt que de protéger le public. »

  Rosalind Anderson nous a envoyé une vidéo de la visite de l’équipe du Dr Costa à son laboratoire, à la fin 1992. « Ils ont reproduit nos résultats en provoquant aux souris des problèmes respiratoires et de terribles problèmes neurologiques. » « Faux », dit le chef du service de toxicologie pulmonaire de l’EPA, le Dr Daniel Costa, qui réfute aussi les allégations de Jim White. « Nous avons investi un million de dollars dans quatre tests et nous n’avons jamais pu reproduire ses résultats. » M. Costa confie cependant qu’en 2002, l’EPA a laissé des nouvelles moquettes dans un entrepôt pendant six mois afin de les aérer, avant de les poser dans son immeuble de la Caroline du nord.

  D’autre part, le CRI aurait déjà embauché un chercheur dans le but de réfuter les résultats du Dr Anderson, dénonce le Dr Phyllis Barner, spécialiste des polluants intérieurs et ancien professeur à l’Université de la Pennsylvanie. « Mais ce chercheur les a reproduits et il fut congédié, » selon elle. Faux, réplique la porte-parole du CRI, Pat Jennings : « Un comité spécial a été créé pour s’occuper de l’étude Anderson. Notre comité a travaillié avec l’EPA et certains autres organismes pour mettre sur pied un laboratoire d’essai sur des souris. Personne ne fut congédié et aucun laboratoire ne fut empêché de mener des études. Les tests et l’investigation furent conclu quand l’EPA a déclaré qu’elle ne pouvait pas répliquer les résultats des tests du Dr Anderson. »

  Mais d’autres événements ont appuyé la thèse que certains tapis étaient toxiques. En juillet 1992, la prestigieuse publication médicale Epidemiology publiait une étude concluant que les installateurs de tapis couraient presque huit fois le risque normal de subir un cancer de la bouche et du pharynx, possiblement à cause des vapeurs chimiques. Les auteurs de l’étude rappelaient que d’autres chercheurs avaient démontré que ces travailleurs courent un risque plus élevé de leucémie ainsi que de cancer des testicules et du gros intestin.

  En 1997, une cour de justice de la Louisiane condamnait la compagnie DuPont à payer 4,2 millions de dollars à un dénommé André Caubarreaux. Ce dernier avait développé une forme d’asthme sévère après l’installation d’un tapis recouvert du traitement antitaches Certified Stainmaster. Les fabricants de ces traitements (dont 3M avec son Scotchguard) ont modifié leurs recettes afin d’utiliser des ingrédients moins toxiques. Toutefois, les nouveaux produits antitaches, à base de fluor, posent aussi problème. Le principal ingrédient du Teflon, l’acide perfluorooctanique, est un perturbateur endocrinien soupçonné cancérogène et qui risque aussi un jour d’être retiré du marché 2. Les produits antitaches, ainsi que les substances igni fuges et semi-volatiles, ne sont pas considérés par les divers programmes de certifications de tapis.

1. Toxic emissions from carpets, Rosalind Anderson Ph.D., Journal of Nutritional and Environmental Medicine (1995) 5: 375-386. Détails : www.andersonlaboratories.com
2. www.ourstolenfuture.org


André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle
www.21esiecle.qc.ca
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