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Les finesses du peintre
par : Martin Saint-Pierre
Retouches et dégradés
Oups ! Quel malheur ! Un mur qui a été
repeint depuis peu ! Un tout petit meuble à déplacer,
les enfants qui jouent en me tournant autour et mon attention qui
se laisse détourner. Voilà qui a suffit à la
créer, cette déchirante brèche, laquelle marque
la nuance entre un mur irréprochable, qui brille par son absence
d'imperfection et celui dont on remarque inévitablement le
défaut qui saute aux yeux. Pas de panique, il suffit de retoucher
à l'aide d'un pinceau le déplorable vice avec les restants
de la peinture d'origine religieusement conservés. Toutefois,
rien n'y fait. Même si le défaut est atténué,
la réparation attire toujours l'attention et mon mur paraît
maintenant d'une surface retouchée. Alors comment réaliser
une retouche satisfaisante, dans une zone apparente d'un mur, sans
avoir à le repeindre dans son entier ?
La touche avec la retouche
Si par chance, la retouche à effectuer se situe
en bordure d'un mur, dans la limite de la bande de découpe
au pinceau, alors là, pas de problèmes. On peut exécuter
le correctif au pinceau, sans laisser trop de traces. Dans les autres
cas, même en présence d'un fini mat, seul le rouleau
peut harmoniser la texture d'une surface peinturée au rouleau,
aussi bien que seul le pistolet ou l'aérographe (airbrush)
sont efficaces pour retoucher un fini exécuté au pistolet.
Évidemment, plus la peinture en place a vieillie,
plus elle a subie l'œuvre du jaunissement, et plus elle s'avère
difficile à retoucher. Dépendamment des conditions,
après deux ou trois ans, la peinture de vos murs et plafonds
aura sans doute trop soutenue l'effet du temps. Malgré tout,
il est encore possible, quoique plus ardu, d'approcher la couleur
sans même recourir aux agencements par ordinateur offerts par
les détaillants. On démarre donc avec une petite quantité
de la peinture d'origine (seulement si reste il y a) et on y ajoute
progressivement (lire goutte à goutte) du colorant universel
" ocre jaune ", jusqu'à ce que la couleur s'agence parfaitement
à celle du support. Pour atteindre ce but, prenons soin de
procéder à des tests directement sur le mur, dans la
zone à retoucher, à chaque goutte ajoutée, pour
s'assurer de l'exactitude de l'ajustement de couleur. Surtout, n'oublions
pas de bien laisser sécher ces tests d'agencement. Toute peinture
n'atteint sa couleur finale qu'une fois sèche. À coup
sûr, la teinte exacte sera légèrement plus foncée
qu'à l'application.
Si la couleur peut toujours s'harmoniser, le fini d'une
peinture fait parfois obstruction de façon incontournable à
la retouche, puisque le vieillissement provoque une perte normal de
lustre. Par ailleurs, les couleurs foncées sont très
difficiles à retoucher à la perfection.
Le dégradé au rouleau
Tout
d'abord, réalisons les réparations de plâtre si
requises ainsi que le sablage que cela implique. Appliquons ensuite
un apprêt sur la réparation et laissons le tout sécher.
En présence d'une petite tache qui persiste à tout lavage
comme c'est le cas de l'encre, recouvrons-la au préalable à
l'aide d'un apprêt chasse-tache en aérosol. Le " Shellac
pigmenté " convient parfaitement à cette tâche.
Prenons soin de protéger toute surface ou tout objet exposé
aux fines particules volatiles des peintures en aérosol. Dans
le cas d'une tache persistante de plus grande envergure, appliquons
plutôt l'apprêt au rouleau.
La
méthode de reprise au rouleau consiste à appliquer faiblement
la peinture sur le défaut en n'exerçant qu'une faible
pression sur l'outil. En partant du centre de la zone à corriger
et allant vers l'extérieur, on presse de moins en moins tout
en soulevant le rouleau. On recommence le mouvement dans toutes les
directions. Le rouleau ne doit contenir que très peu de peinture
(à sec). Trempons-le normalement et modérons sa charge
sur un carton par exemple. Évitons d'utiliser un rouleau neuf,
ou du moins, lavons ce dernier préalablement avec du savon
doux, afin d'en retirer les habituels poils qui s'en détachent
facilement lors du premier usage. Laissons sécher et recommençons
en appliquant une deuxième couche puis une troisième
ou plus si nécessaire.
Pour
réussir sans peine, portons attention aux rebords du rouleau.
Afin d'éviter les marques ou lignes indésirables formées
aux extrémités du rouleau, déchargeons-en les
deux bouts, en roulant le coin de l'outil tout en l'inclinant avant
de commencer la retouche. Les rouleaux trop usés ou à
poils très courts compliquent le travail en ce sens.
Dans l'éventualité d'une retouche à
accomplir sur une surface peinte au pistolet, l'opération exige
un matériel spécifique, notamment un pistolet à
peinture ou un aérographe. On doit alors tenir compte du lustre
du fini de façon à éviter de produire un halo
mat encerclant la correction. Pour ce faire, il est possible de pulvériser
la peinture en biseau, partant du centre de la zone travaillée
en dirigeant le jet tout autour d'une inclinaison du poignet. Cette
pratique diffère de la technique de pose habituelle qui implique
de toujours respecter une position perpendiculaire par rapport au support.
L'opération se complique en présence d'un
fini pulvérisé très brillant et lisse. Seuls
les peintres automobiles les plus habiles et expérimentés
réussissent cette manœuvre sur les voitures, en ajoutant à
leur peinture un diluant spécial en bonne quantité et
en étalant de nombreuses couches transparentes.
Les dégradés de couleurs
Cette
façon de dégrader la peinture au rouleau peut permettre
de réaliser des murs décoratifs aux couleurs dégradées,
non sans toutefois une certaine habileté. Et qui plus est,
les résultats échappent parfois au contrôle de
l'applicateur. Le flocage représente une solution plus populaire
et plus facile à réussir, quoique plus longue à
réaliser. Cette technique consistes en gros à produire
un dégradé en tapotant la couleur, mélangé
à un glacis à l'aide d'une large brosse à poils
durs. Néanmoins, la texture même du rouleau et ses applications
en dégradé permettent de produire avec une simplicité
étonnante des faux-finis qui ne manquent pas de splendeur.
Les plus beaux dégradés qu'on puissent créer
requièrent l'utilisation d'un pistolet à peinture et
d'un aérographe. Les bombes de peinture en aérosol se
prête mal à cette fonction, pulvérisant le fluide
de façon grossière et inégale, même en
utilisant une buse de remplacement spécialisé.
L'artiste Marc St-Louis a consenti à nous partager
sa recette pour agrémenter un mur d'un parfait dégradé
de couleurs. Monsieur St-Louis réalise ce travail en ayant
recours à deux pistolets, un pour chaque couleur, et fignole
sa finition avec un aérographe ou un mini pistolet à
air. Il utilise de la peinture au latex ou acrylique au fini mat.
Il ajoute le lustre en fin de tâche en pulvérisant uniformément
un glacis lustré au latex.
On positionne d'abord des repères pour définir
les limites du dégradé. On peut soit tracer quelques
traits pâles au crayon plomb soit, à l'instar de Marc
St-Louis, utiliser le niveau au laser pour installer des repères
qui ont l'énorme avantage de ne pas disparaître sous
la première couche. Après avoir bien protégé
les surfaces adjacentes, appliquons une première couche de
la couleur la plus pâle suivit de la plus foncée en chevauchant
les deux dans un fondu qui couvre la zone déterminé.
Marc St-Louis, quant à lui, applique les émulsions de
couleurs au pistolet et raffine son dégradé à
l'aide de son aérographe lequel génère une brume
plus fine.
L'étape suivante consiste à laisser le tout
sécher complètement puis à sabler faiblement
la surface avec un papier fin. Retirons toute la poussière
ainsi produite. Ensuite répétons la méthode en
appliquant une deuxième et enfin une troisième couche
des deux couleurs. Ajoutons finalement le lustre au pistolet, une
fois l'ensemble bien séché. Il faut l'avouer, cette
réalisation digne d'une œuvre d'art présente un niveau
de difficulté élevé. Toutefois, une autre solution
serait de s'offrir les services d'un spécialiste d'expérience
comme Marc St-Louis.
Martin Saint-Pierre
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