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LA LUMIÈRE COMME BOUFFE VITALE (1e partie)

Par André Fauteux
en collaboration avec Sonia Vibert et Marie-Pierre Hamel
Magazine La Maison du 21e siècle

   Les citrouilles de John Ott étaient déprimées... et lui aussi. Il n’arrivait pas à les faire fleurir à temps pour le tournage du film Cendrillon, de Walt Disney. Son scénario exigeait des photos, de citrouilles maturant sur la vigne, prises à intervalles et qu’on visionnerait en accéléré dans le film. Alors encore banquier, Ott pratiquait cette technique (« time-lapse photography ») dans ses temps libres. Il en deviendra le plus grand spécialiste, célèbre pour ses plantes dansant au rythme de la musique au grand écran.

  Un jour brûla le tube fluorescent qui éclairait les citrouilles dans son sous-sol. Après l’avoir remplacé par un autre tube acheté en quincaillerie, Ott fut émerveillé de constater que toutes les fleurs femelles se développèrent pleinement. Après avoir cherché en vain pourquoi, il se rappela que le nouveau tube répliquait la couleur du jour (« daylight white ») tandis que le vieux était d’une couleur plus froide (« cool white »). Une découverte qui le mènerait à faire fabriquer, par la compagnie Duro- Test en 1967, le premier fluorescent « à spectre complet », le Vita-Lite. Celui-ci imitait encore mieux le spectre équilibré des couleurs visibles et invisibles de la lumière solaire.

  Passionné par ses découvertes, Ott quitte le domaine de la finance pour se consacrer entièrement à ses recherches autodidactes. Il se rend compte que les cellules humaines et animales possèdent un processus similaire à la photosynthèse chez les plantes. Un processus de conversion de l’énergie lumineuse en énergie chimique, qu’il appelle « combustion biologique ». Il lui paraît évident que si la source d’énergie (la lumière) est modifiée, le résultat final de la réaction chimique cellulaire s’en trouve aussi modifié. En utilisant la lumière comme seule variable, on peut faire muter des plantes, provoquer des cancers chez des rats de laboratoire et faire perdre le nord à des cellules humaines.

  Comme le démontrent de plus en plus de recherches, la lumière est un nutriment au même titre que la nourriture. Trop ou pas assez de certains types de longueurs d’ondes lumineuses, tels le rayons ultraviolets (UV), peut être aussi dommageable qu’un surplus ou une carence en vitamine A, par exemple. Selon John Ott, pour être en parfaite santé, un être humain devrait être exposé le plus souvent possible au spectre complet de la lumière, variant des courtes longueurs d’onde des radiations ultraviolettes au plus longues des infrarouges. La vie sur terre a évolué grâce à l’équilibre des petites quantités de chacune de ces ondes lumineuses. Malheureusement, les fluorescents et simples ampoules électriques généralement utilisés dans nos maisons et bureaux ne rencontrent pas ces exigences.

  Au début du siècle, des médecins européens disaient déjà qu’une bonne dose de lumière du jour est aussi vitale que l’air pur et la bonne nourriture. Mais Ott fut le premier à préconiser la fabrication d’éclairages artificiels à spectre lumineux complet. Il a aussi reçu plusieurs prix et honneurs, dont celui de cultiver des légumes dans l’espace pour des astronautes.

Le photographe et inventeur
John Ott explore l’impact de
la lumière sur la santé des
gens, des animaux et des
plantes depuis 40 ans. Le
voici avec Fred Mendelsohn,
qui dirige sa compagnie,
Environmental Lighting
Concepts. Ils tiennent une
boîte de néons à
spectre complet.
Malillumination
  Aujourd’hui, à 84 ans, John Ott est le photobiologiste autodidacte le plus célèbre au monde. Il explore l’impact des divers types d’éclairage sur la santé des plantes, des animaux et des humains depuis 40 ans. Son fameux livre Health and Light (Ariel Press), publié en 1973, a été vendu à plus de trois millions d’exemplaires. Il y déplorait déjà que la crainte du cancer de la peau incitait certains à éviter tout contact avec les rayons UV. Ces personnes souffraient de mallillumination, disait-il, une carence aussi grave que la malnutrition.

  Ce résidant de la Floride s’assied lui-même une heure par jour à l’extérieur, à l’ombre. À ceux qui ne peuvent se permettre ce luxe, il suggère d’ouvrir les fenêtres le plus souvent possible (tout vitrage filtre une partie du spectre solaire) et de se munir des ses « Ott lights », éclairages fournissant une lumière au spectre complet. Il évite les écrans solaires pour la même raison qu’il ne porte pas de verres fumés: parce qu’ils déséquilibrent la lumière naturelle. Les verres fumés sont nocifs, selon lui, car ils surexposent les yeux à une seule couleur (vert, bleu, jaune, etc.). Il a donc fait fabriquer des verres neutres, d’un teint gris. Ott ne fume pas, ne boit pas, mange modérément et fait de l’exercice deux fois par jour. Il est en pleine santé... mais un peu sourd.

JOHN OTT N’EST PAS UN ILLUMINÉ

Ancien consultant auprès de multinationales de l’éclairage et de diverses agences fédérales américaines, John Ott a été congédié par chacunes d’elles. Il prétend que certaines entreprises ont même conçu sur mesure des études dans le seul but de réfuter ses hypothèses.

  Sans le vouloir, il a toujours suscité la controverse. Comme tout chercheur autodidacte, il était une cible facile: il affirmait souvent des choses ignorées par la littérature médicale et il n’avait pas toujours toute la rigueur d’un scientifique. Des multinationales l’attaquèrent vigoureusement lorsqu’il déclara que leurs ampoules incandescentes émettaient trop d’ondes infrarouges et jaune-rouge, et que leurs fluorescents étaient trop bleus.

  Ott avait le sens de l’observation et la patience méticuleuse d’un Pasteur. Il s’est apperçu, au microscope, qu’un filtre rouge empêchait la photosynthèse des cellules végétales, qu’une surdose d’UV pouvait même les tuer, et qu’une lumière fluorescente rose transformait les rats en cannibales !

Confirmations médicales
  Plusieurs de ses hypothèses ont été maintes fois confirmées. Ott fut sans doute le premier à dénoncer publiquement les dangers des rayons X, radio fréquences et champs électromagnétiques d’extrêmement basses fréquences émis par les téléviseurs, écrans d’ordinateur et éclairages fluorescents conventionnels. Il a d’ailleurs contribué à l’adoption du Radiation Control Act par le Congrès américain, en 1968.

  La radiation, disait-il, déprime le système immunitaire et ses effets s’apparentent à ceux de la malillumination. C’est ainsi qu’il a blindé son téléviseur et ses tubes fluorescents à l’aide de plomb, afin de réduire la radiation qu’ils dégagent. Exposés aux radiations d’un écran d’ordinateur, les feuilles de ses plantes viraient au jaune et mourraient, des cellules sanguines rouges s’agglutinaient. Exposées à un de ses fluorescents à spectre complet (« Ott-Light ») pendant cinq minutes, les cellules sanguines se séparaient.

  On traitait jadis la jaunisse des nourissons en les exposant à une lumière bleue... qui donnait la nausée au infirmières! Le professeur de pédiatrie Jerold Lucey, de l’université du Vermont, fut le premier à traiter cette maladie avec succès avec des Ott-Light. Ils contiennent la dose de bleu et d’autres longueurs d’ondes présentes dans la lumière solaire.

  En 1973, le Dr. Richard Wurtman, professeur émérite d’endocrinologie à l’Institut de Technologie du Massachusetts (MIT), écrivait que « la lumière est le deuxième apport environnemental le plus important dans le contrôle des fonctions corporelles, après la nourriture.» Wurtman croit également qu’une carence ou une surdose de certaines ondes lumineuses produit des effets semblables à celles résultant d’un manque ou d’une surdose de certaines vitamines.

  Depuis 1984, des psychiatres utilisent la photothérapie, en exposant à des lumières à spectre lumineux complet les gens souffrant de dépression hivernale (Seasonal Affective Disorder ou « SAD »), due à un manque de lumière. (Les géants de l’éclairage fabriquent désormais des produits à spectre complet.) Des médecins explorent même les bénéfices de la photothérapie dans le traitement de divers cancers et du sida.

  En 1989, des chercheurs de l’université américaine Carnegie-Mellon ont confirmé ce que Ott disait une vingtaine d’années plus tôt: que les champs électromagnétiques provoquent des changements cellulaires.

  Enfin, la Société canadienne d’hypothèques et de logement a récemment constaté que les personnes hypersensibles sont incommodées par le verre énergétique (à faible émissivité ou « Low-E »), qui filtre le spectre lumineux complet du soleil. D’ailleurs, Ott a également fait fabriquer du plexiglass ne filtrant pas les rayons ultraviolets.

  John Ott n’est pas un illuminé. C’est un homme brillant, un « hors-la-loi » offrant une lueur d’espoir parmi tant d’autres pour les malades.

À suivre >>


André Fauteux, éditeur
Magazine La Maison du 21e siècle, juin 1995
www.21esiecle.qc.ca
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