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Vos petits besoins polluent-ils ?
Par : André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle

  Vous prévoyez acheter une maison âgée de plus de vingt ans et isolée d'un réseau d'égouts. Il serait sage de prévoir un budget d'au moins 6 000$ pour remplacer le champ d'épuration qui en traite les eaux usées. Budget qui peut facilement dépasser 10 000$ pour des milieux récepteurs plus contraignants : un sol argileux et donc peu perméable, un haut niveau des eaux souterraines, un roc près de la surface du sol ou une pente de sol de plus de 10.

  Un champ d'épuration classique aurait une durée de vie utile moyenne de vingt ans, évaluent plusieurs professionnels, dont Guy Roy, l'inspecteur en bâtiment de la municipalité de Lac Simon-Chénéville, en Outaouais. « Facilement le tiers des champs ne satisfont pas les conditions optimales et risquent donc de polluer les eaux souterraines ou de surface », estime l'inspecteur municipal.
Des affirmations contestées, notamment par l'ancien sous-ministre de l'Environnement du Québec Tony LeSauteur qui avait fondé le Programme des lacs impliquant des centaines d'associations de villégiateurs. Fondateur et âme de la Fédération des associations pour la protection de l'environnement des lacs (FAPEL),
M. LeSauteur dit avoir inspecté pas moins de 50 000 installations septiques depuis 1964.

  « Un champ d'épuration bien construit dans un bon sol peut durer plusieurs générations, dit-il. Tous ceux qui disent le contraire sont des « vendeux » de commerce ! De 1977 à 1987, sous les pressions de la FAPEL, nous avons effectué de grands progrès au Québec : la construction des fosses septiques a été normalisée et le Règlement sur l'évacuation et le traitement des eaux usées des résidences isolées (Q-2, r.8) a été adopté en 1981 par le ministère de l'Environnement et mis en vigueur dans toutes les municipalités du Québec. C'est aussi durant cette période que des centaines d'inspecteurs municipaux ont été embauchés pour voir à l'application du Règlement, tandis que la FAPEL menait, auprès de tous les villégiateurs, une vaste compagne d'éducation préventive sur les installations septiques. Résultat : le pourcentage de foyers de pollution grossière en bordure de nos lacs est passé de 10 à 2%. Au début des années 1990, il était tombé à zéro, ou presque, de sorte que les inspections systématiques des installations septiques n'avaient plus leur raison d'être. »

  « Tony a raison, confirme le chef du service des eaux municipales au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Didier Bicchi. La documentation scientifique démontre depuis plusieurs années qu'un champ d'épuration bien conçu, en fonction d'un volume intermittent de 540 litres d'eau par chambre à coucher par jour (avec une marge de sécurité calculant qu'il y a deux personnes par chambre), a une durée de vie moyenne de 35 à 40 ans. »

  N'allez pas croire que MM. LeSauteur et Bicchi sont de connivence. Sur le site web de la FAPEL, dont il est le webmestre, Tony LeSauteur tire régulièrement à boulet rouge sur le Ministère. Selon lui, depuis que l'ancien ministre Pierre Paradis a aboli son Programme des lacs, le citoyen et ses intérêts ont été écartés. « Des villégiateurs qui participent à la protection de l'environnement, dit-il, c'est embarrassant pour le gouvernement. »

  Par contre, M. LeSauteur reconnaît que seulement 50 % des endroits visités par le Programme offraient des sols suffisamment perméables pour épurer efficacement les eaux usées. Rien pour rassurer ceux qui soupçonnent une bonne proportion des vieux champs d'épuration de polluer.

  « Je demande au Ministère depuis l'an 2000 de voir la documentation scientifique, sans résultat, affirme Claude Galarneau de la compagnie Le Roseau épurateur. J'aimerais bien que Québec finance des essais de 52 semaines sur les champs d'épuration classiques, des tests identiques (mesurant la pollution jusqu'à 5 pieds de profondeur) à ceux que nos nouvelles technologies ont dû subir. Nos discussions avec divers inspecteurs municipaux et technologues nous font croire que bon nombre de vieux champs polluent. Mais comment savoir si les eaux souterraines sont touchées si on ne fait pas d'études ? »

Améliorations depuis 1981
  Précisons que la majorité des systèmes qui polluent ont été conçus avant 1981, année de l'entrée en vigueur du Règlement Q-2, r.8. « Les agents d'immeuble ne sont pas disposés à parler du problème, c'est évident, nous a expliqué un ingénieur sous le couvert de l'anonymat. Si l'on veut faire une offre d'achat sur une vieille maison, on devrait tenir compte du fait que le champ sera à refaire. Certains prêteurs demandent seulement les factures de vidange de la fosse, mais c'est clairement insuffisant. »

  Les exigences du Q-2, r.8 ont été resserrées en janvier 2005. Un test de sol effectué par un professionnel est désormais obligatoire pour obtenir le permis de construction d'une résidence isolée. Le Q-2, r.8 s'applique aussi parfois aux résidences existantes : dans le cas de la construction d'une chambre à coucher supplémentaire, de rénovations ou de modifications à un système de traitement existant, et lorsque les eaux usées constituent une source de nuisance (odeurs, résurgence d'eaux usées qui imbibent une pelouse, etc.) ou de contamination de l'eau potable ou des eaux de surface. Les villes, qui sont chargées d'appliquer le Règlement, exigeront donc la mise aux normes ou la reconstruction d'un système de traitement existant lorsqu'il fait l'objet de plaintes qui témoignent alors d'une source de nuisances. Le problème, c'est que très peu de citoyens sont prêts à dénoncer leurs voisins…

  « Très peu de villes vérifient systématiquement l'état des systèmes d'épuration autonomes (pour résidences isolées), relate l'ingénieur, et certaines remplissent mal leur rôle de faire appliquer le Q-2, r.8. C'est un service à rendre au citoyen, mais ce n'est pas très payant politiquement de les forcer à refaire leur champ d'épuration ! »

  « Beaucoup d'inspecteurs municipaux ne font pas leur job », dénonce Tony LeSauteur. Celui-ci déplore aussi que le gouvernement s'appuie peu sur les associations de riverains, qui ont beaucoup d'influence sur les villégiateurs délinquants…

  L'étude de sol exécutée par un professionnel coûte jusqu'à 1 000 $, incluant plans et devis d'une installation septique répondant aux exigences du Q-2, r.8. L'étude permettra d'évaluer le potentiel et les contraintes du milieu récepteur et d'identifier objectivement le système le mieux adapté aux besoins du client. Une telle expertise, effectuée par exemple avant l'achat d'un terrain, pourrait vous renseigner sur la réelle valeur du terrain au chapitre du traitement des eaux usées et de la possibilité d'y construire une résidence.

Le Ministère critiqué
  Pour l'inspecteur Guy Roy, « l'esprit du Q-2, r.8 amélioré est d'enlever un jour les champs traditionnels ». Entre temps, ajoute-t-il, « le Ministère ne fait pas son travail » de protéger l'environnement, car les systèmes classiques ne sont soumis à aucune norme de rejet comme le sont les nouvelles technologies. « C'est un processus évolutif dans le temps, il y a eu énormément d'améliorations depuis 1981 », plaide Didier Bicchi du Ministère.

  Pour sa part, le président du Conseil régional de l'environnement de la Montérégie, Richard Marois, s'inquiète aussi de la pollution causée par les champs d'épuration en rappelant qu'ils n'ont jamais été soumis à un test de sol : « Très peu de citoyens se sont préoccupés de ce dossier car il est très technique. Il faut une gestion de risque sans faille, compte tenu des enjeux critiques pour la santé publique et celle de notre environnement. »

  Quant à Tony LeSauteur, il déplore que le Ministère impose de nouvelles technologies au lieu de permettre l'installation d'une fosse scellée à vidange périodique si l'on manque d'espace pour refaire un champ d'épuration désuet. « La Fapel, qui n'a rien à vendre, recommande seulement le système traditionnel, un point c'est tout. » Celui-ci désapprouve l'imposition de nouvelles technologies plus dispendieuses et dont il n'est pas convaincu de l'efficacité.

Nouvelles technologies
  Pourtant, le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) a développé des tests très exigeants pour soumettre les nouvelles technologies à des conditions « très représentatives de la vraie vie », assure Didier Bicchi. À la demande du Ministère, le BNQ a mis sur pied un banc d'essai qui simule notamment des conditions extrêmes telles des pannes de courant et des pointes de débit. Trois nouvelles technologies de traitement autonome avaient réussi l'épreuve de 52 semaines exigée par le Ministère pour les systèmes de « traitement secondaire avancé » pour résidences isolées en date du 1er janvier 2006. « Je leur tire mon chapeau car ces technologies permettent de traiter les eaux usées au même niveau d'efficacité que dans les villes, explique l'inspecteur Guy Roy, qui est aussi formateur en la matière pour la Fédération québécoise des municipalités (rurales). Quand on constate l'exode massif des citadins vers la campagne, nous venons de régler un problème de pollution à venir. »

  Notons que toutes les nouvelles technologies utilisent une fosse septique classique pour décanter les matières solides. Par contre, lorsque les conditions de sol sont favorables, elles occupent jusqu'à trois fois moins de terrain qu'un champ d'épuration classique. Elles peuvent rejeter les eaux épurées dans un champ de polissage spécialement aménagé et, après désinfection, même vers un cours d'eau en mouvement. Sachez aussi que Québec exige désormais qu'une analyse bactériologique de l'effluent soit effectuée chaque année chez le consommateur afin d'assurer le bon fonctionnement de ces nouveaux systèmes.

  Plusieurs autres nouvelles technologies sont en voie de certification au banc d'essai du BNQ, tels les systèmes Berger, Bio-B et Enviro-Septic. Ce dernier compte plus de 50 000 installations en Amérique du Nord, notamment celle de l'hôtel Mont Washington, au New Hampshire. Axé sur une conduite de polyéthylène ondulé et perforé recouverte d'une membrane de polypropylène, le système Enviro-Septic est présentement restreint au Québec à certaines applications résidentielles, comme l'incorporation dans un champ d'épuration classique (mais non en remplacement d'un tel système désuet).

  « Nous tentons de démontrer que notre système peut fonctionner adéquatement dans des conditions réelles d'utilisation dans nos hivers québécois, explique l'ingénieur François Côté du distributeur canadien DBO Expert. L'eau d'un chalet de fin de semaine qui stagne dans une fosse septique peut avoir une température de 2 à 3 degrés Celsius, alors que certaines technologies au banc d'essai ont été testées en hiver autour de 18 degrés. »

  Résultats obtenus par les trois systèmes certifiés par le BNQ
Valeurs des effluents des nouvelles technologies de traitement secondaire avancé des eaux usées.

À suivre...

  En date du 1er janvier 2006, seulement trois systèmes avaient complété avec succès le banc d'essai de 52 semaines mis en route en 2003 par le Bureau de normalisation du Québec.

www.bionest.ca
www.enviro-septic.com
www.premiertech.com/ecoflo
www.roseau-epurateur.com

Pour plus d'informations :
Fapel : www.fapel.org
www.mddep.gouv.qc.ca

André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle
www.21esiecle.qc.ca

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